« Nous, architectes, sommes obligés d’opérer un virage vers le modulaire… »

Jack Marausse est architecte et collabore étroitement avec l’agence Algeco de Bordeaux sur les projets liés au grand Sud-Ouest. Il nous livre ici les raisons qui l’ont amené à travailler sur le modulaire, ses impressions sur ce mode de construction, mais aussi les perspectives dans ce domaine…

 

Algeco Le Mag : Comment en êtes-vous venu à la construction modulaire ?

Jack Marausse : J’ai toujours été tourné vers une approche « développement durable » dans mon métier et le modulaire correspond bien à cette approche respectueuse de la nature. Avant de travailler sur des bâtiments modulaires, j’ai participé à la réalisation de projets importants en tant que salarié de l’agence d’architecture Cardette & Huet à Toulouse, notamment le Hall 2 de l’aéroport de la ville et la signalétique au Musée de l’Espace. Parallèlement, et en étroite collaboration avec Patrice Bosc, architecte à Cahors, nous avons « signé » de nombreuses réalisations dans le Lot — écoles, collèges, hôtels et bureaux — toujours dans l’esprit d’une architecture durable. Et en 2014, j’ai été contacté par l’agence Algeco de Bordeaux pour un dossier de demande de permis de construire. Depuis, je suis régulièrement sollicité sur les projets de l’agence girondine.

 

Algeco Le Mag : Quel est votre périmètre d’intervention sur les projets modulaires ?

Jack Marausse : Je suis chargé des demandes de permis de construire, j’interviens sur l’implantation des modules dans leur contexte et j’optimise l’aspect esthétique des bâtiments. Les gammes Algeco sont déjà particulièrement élégantes par rapport au « modulaire de chantier à l’ancienne », pas franchement esthétique. Je travaille l’apparence extérieure, les « deuxièmes peaux » des bâtiments, et ce, à partir des couleurs, mais aussi des matières. Par exemple, j’ai conseillé à Algeco pour les écoles de Villenave d’Ornon, commune environnante de Bordeaux, un bardage composite à base de résine : le Trespa. Celui-ci donne un aspect particulièrement élégant à l’ensemble et s’intègre parfaitement dans l’environnement. C’est un véritable jeu de déclinaison de projets en projets : on part des mêmes bases et, d’écoles en écoles, on effectue des associations nouvelles sur l’ensemble de la commune.

 

Algeco Le Mag : D’où vient cet engouement généralisé pour le modulaire ?

Jack Marausse : Le secteur public est une véritable locomotive dans le développement des bâtiments modulaires. Alors que les collectivités voient leurs dotations baisser, certaines régions attirent de nouvelles populations. Il leur est impossible de construire ici et là de nouvelles écoles, collèges ou lycées pour absorber ces afflux d’habitants. Parce que les moyens manquent, mais aussi parce que l’on ne sait pas encore si ces nouveaux arrivants vont se fixer sur les territoires en transition !

 

Alors, le choix de la construction modulaire est tout naturel : c’est économique, c’est rapide, c’est flexible, c’est déplaçable, c’est sécurisé… et désormais, c’est aussi esthétique ! Le secteur privé rencontre peu ou prou les mêmes problèmes que les collectivités. La crise économique durable n’offre pas de visibilité aux entreprises. Alors, elles s’agrandissent petit à petit en fonction du dynamisme de leur activité. Le modulaire permet un redémarrage prudent, en attendant le retour de la croissance.

 

Algeco Le Mag : Quels sont les attraits du modulaire en tant qu’architecte ?

Jack Marausse : Je suis depuis toujours convaincu que les architectures légères et évolutives sont l’avenir de la construction. Le modulaire répond à ces deux critères. En outre, le modulaire est très malléable, pour nous, architectes. C’est tout sauf dévalorisant de « travailler le modulaire » !!! Notre valeur ajoutée réside principalement dans l’insertion de ce type d’architecture dans l’emplacement prédéfini et de créer une harmonie avec le paysage environnant.

Le bâtiment modulaire devient de plus en plus raffiné, pointu et évolué. Ainsi, les nouveaux modules Algeco autorisent des transformations étonnantes à l’extérieur comme à l’intérieur. Les bardages en bois, en composite, les adhésifs Algeco Déco embellissent et égaient les bâtiments. Au sein des modules, tout est permis, de la création d’open spaces à l’installation de grandes salles périscolaires. On peut aussi imaginer des bâtiments dotés de terrasses ou de murs végétalisés.

 

Algeco Le Mag : Quel avenir voyez-vous pour le modulaire ?

Jack Marausse : Le modulaire est un monde en perpétuelle évolution, en phase avec son temps. Je prends l’exemple du concours sur la maison individuelle organisé par Algeco en 2005. J’y ai participé, c’était passionnant et enrichissant… pour nous, mais aussi pour Algeco ! En effet, un an plus tard, avec la gamme Progress, nous avons senti l’influence de notre travail. Nous avons été non pas copiés, mais écoutés. D’autre part, les Progress et Progress 2 ont été remarquablement pensés : on voit qu’Algeco a fait intervenir des designers.

Personnellement, j’ai suivi l’évolution du modulaire depuis une vingtaine d’années, et nous sommes aujourd’hui clairement dans une autre dimension. Prenez les planchers : finis les « trampolines »… c’est du solide ! Avec les impératifs de la RT 2012, les murs ont été épaissis, les isolants sont de plus en plus présents et performants, y compris sur les plafonds. On voit bien que le bureau d’études d’Algeco réalise un travail très poussé sur chaque aspect du projet, notamment en termes d’optimisation du confort en fonction de l’exposition du bâtiment. Résultat : on s’y sent bien en été comme en hiver et les ensembles s’adaptent parfaitement aux variations de températures. Je pourrais vous citer un tas d’autres exemples de « professionnalisation » du modulaire car c’est certainement, dans le domaine de la construction et de l’architecture, le secteur le plus innovant du moment. Et le potentiel est encore immense !

Face à ce véritable phénomène, nous, architectes, sommes obligés d’opérer un virage vers le modulaire. C’est le présent, c’est l’avenir et c’est non seulement une nouvelle dynamique pour notre profession mais également la perspective de réalisations toujours plus élaborées et donc passionnantes à imaginer.

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