« La construction temporaire est l’un des pans majeurs de l’économie circulaire »

Sylvain Grisot est fondateur de dixit.net, agence de conseil et de recherche pour les transitions urbaines. Enseignant et chercheur, également conférencier, il nous explique les fondements de l’urbanisme circulaire et la place du modulaire dans cette ambition...

De quoi l’urbanisme circulaire est-il le nom ?

Sylvain Grisot : Il s’agit des principes de l’économie circulaire appliqués aux sols urbains. Le but est de mieux fabriquer la ville : intensifier les usages, transformer les bâtiments existants, densifier les espaces urbanisés et recycler les sols. L’urbanisme circulaire est aussi lié à la neutralité carbone prévue à l’horizon 2050. C’est demain ! Nous devons construire neuf autrement, mais surtout transformer l’existant : 80 % de la ville de 2050 est déjà là ! Offrir une seconde vie aux constructions, c’est la clé. L’obsolescence programmée nous a assez coûté, pensons sur la durée. Faire mieux avec du vieux, c’est aussi cela, la base de l’urbanisme circulaire. Pour cela, nous devons cesser de créer en permanence de nouveaux besoins.

En quoi l’urbanisme circulaire impacte-t-il la ville et les usages ?

S. G. : Il fait progresser la façon de faire et de vivre la ville. Il nous fait sortir de la facilité. Il fait sauter les standards urbains « pavillon-bureaux-barre d’immeubles ». En se concentrant ce dernier demi-siècle sur les grandes opérations urbaines, nous avons perdu l’habitude de façonner la ville partout et par petites touches. Or, elle doit s’adapter aux changements climatiques, technologiques, sociétaux... La ville figée a vécu, place à la cité en mouvement. Dans ce contexte, l’urbanisme temporaire a un rôle considérable à jouer. Il permet de gérer au plus près les temps d’utilisation des espaces.

Faut-il donc revoir la façon de construire ?

S. G. : Oui. Et la construction nouvelle doit intégrer en priorité cette variable temps. Comment construire des bâtiments qui répondent aux besoins d’aujourd’hui, mais aussi à ceux de demain et d’après-demain ? Nous devons voir le bâtiment par couche et dans une logique d’usage réversible. C’est l’idée que je développe avec Christine Leconte, présidente du Conseil national de l’Ordre des architectes dans le livre Réparons la ville ! Pour cela, on peut construire en se projetant sur les capacités d’évolution du bâti. Problème : la construction classique est fort peu malléable. Il faut donc construire réversible avec des bâtiments conçus pour pouvoir changer d’usage. La construction temporaire présente aussi de nombreux atouts pour répondre à certains besoins, ce qui peut en faire un outil intéressant de l’urbanisme circulaire.

Sylvain Grisot Agence dixit.net – Nantes 

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