Sylvain Gasté : « La faible empreinte au sol des constructions modulaires est très intéressante »

Entretien avec Sylvain Gasté, architecte DPLG chez Alter Smith architectes. Dès sa sortie de l’école d’architecture en 1998, Sylvain Gasté a porté la double casquette d’architecte et d’enseignant. C’est toujours le cas aujourd’hui. Tout à la fois gérant de l’agence d’architecture Alter Smith et maître de conférences à l’ENSA Nantes (cf encadré en fin d’article), Sylvain Gasté est un architecte passionné par la recherche et l’innovation. Il s’intéresse tout particulièrement aux « structures génériques » qui, sous certains aspects, ne sont pas si éloignées des constructions modulaires.

Qu’est-ce qu’une structure générique ?

SYLVAIN GASTÉ : C’est un dispositif architectural calibré pour pouvoir offrir différentes destinations, différentes vies à un bâtiment. Un immeuble de logements peut ainsi facilement muter en un immeuble de bureaux, intégrant des commerces, ou inversement… On peut donc voir cette structure comme un squelette – en bois, béton ou métal – sur lequel on pose une enveloppe pour former un « clos couvert ». L’idée est de créer un bâtiment adaptable, à même de voir ses usages et son fonctionnement évoluer, sans modification du gros oeuvre.

Des similitudes avec le modulaire ?

S. G. : Oui, notamment l’aspect de préfabrication. Prenons l’exemple des structures génériques en bois, sur lesquelles je travaille beaucoup : toutes les pièces en bois sont préconstruites, calibrées et préassemblées hors site. Cela permet de gagner du temps, d’améliorer le confort de travail – puisqu’une grande partie est réalisée à sec en atelier – et d’avoir un niveau de finition très élevé. Le modulaire va encore plus loin sur la question de la préindustrialisation, puisque les dimensions des modules sont très précises, fixées, finies.

Vous avez fait travailler vos étudiants de dernière année de master d’architecture sur la question de la base de vie du futur.Est-ce que ce sera un sujet clé pour le modulaire dans les années à venir ?

S. G. : C’est une évolution possible de l’offre modulaire. Nous avons particulièrement demandé aux étudiants de réfléchir à la façon d’intégrer véritablement la base de vie dans le tissu de la ville ou du quartier en construction.

Quelles thématiques clés ont émergé des réflexions des étudiants ?

S. G. : Au fil de leur travail, trois thématiques se sont progressivement imposées : la question de l’eau, celle de l’interface entre la ville et le chantier, et enfin celle des espaces communs dédiés au bien-être – notamment à la pratique sportive. Il est important de noter que tous les projets présentés par les étudiants sont potentiellement réalisables dès aujourd’hui.

Selon vous, à quels autres grands défis le modulaire peut-il répondre ?

S. G. : Le grand défi actuel dans la construction est de faire en sorte que les bâtiments aient la plus faible empreinte carbone possible, notamment en réduisant la production d’énergie grise (1). Avec la nouvelle réglementation environnementale qui va bientôt entrer en vigueur, il faudra désormais prendre en compte l’intégralité du cycle de vie d’un bâtiment, depuis la fabrication de ses matériaux constitutifs et la mise en oeuvre jusqu’à la réversibilité et même la destruction du bâtiment. À ce titre, la faible empreinte au sol des constructions modulaires est très intéressante. Alors qu’un bâtiment traditionnel est construit sur une dalle béton – ce qui stérilise le sol –, les fondations ponctuelles d’une construction modulaire laissent le sol quasi intact. Le modulaire a également un rôle à jouer dans la réversibilité des bâtiments : on peut envisager, comme pour les structures génériques, que le modulaire soit « habillé », « déshabillé » et « réhabillé » selon les circonstances et les besoins du moment. /

(1) L’énergie nécessaire pour extraire, transporter, transformer, mettre en oeuvre, recycler un matériau.

Les architectes derrière le bâtiment de l'ENSA Nantes ont reçu le prix Pritzker

Il y a quelques jours, les deux architectes ayant imaginé le bâtiment de l’ENSA Nantes, Jean-Philippe Vassal et Anne Lacaton, ont été désignés lauréat du prix Pritzker, la plus haute distinction du monde de l’architecture. Bravo à eux !

Partager cet article :
Articles liés