Les maisons Démocratiques », un engagement moral et urbain envers la ville et ses habitants

Architecte avant-gardiste, auteur du manifeste « Le Petit Pari(s) », Stéphane Malka travaille sur les nouveaux usages urbains et des projets de constructions à budget modéré, faisant appel à la préfabrication et aux structures modulaires. Entretien.

En quoi consiste le projet« Les maisons démocratiques»?

Nous avons breveté ces dernières années des constructions préfabriquées en atelier et des matériaux innovants, comme des panneaux modulaires pleins ou vitrés en kit modulables. Nous voulions les utiliser pour proposer au plus grand nombre des logements novateurs, écologiques et surtout financièrement accessibles. La Loi Alur, qui autorise l’acquisition de biens hors-sol, le permet aujourd’hui. Il est devenu possible de construire sur du foncier existant, sans acquisition de droit au sol ou de parcelle. Les logements sont réalisés par surélévation ou extension, sur les toits et les côtés des bâtiments. La logique est à la fois architecturale, lutter contre l’étalement, et économique, le coût final de ces réalisations livrées en kit étant inférieur de 40 % au tarif du marché.

Pourquoi construire sur les toits?

C’est d’abord le retour à une tradition architecturale, une réalité historique très présente à Paris jusque dans les années 1930-1940 : la Place Dauphine s’est développée de cette manière, tout comme la rue de Rivoli, avec ses fameux étages sous toiture en zinc. C’est ensuite une réponse à la crise du logement : les tarifs modérés de ces habitations – 5 000 à 6 000 € le m2 – étant plus accessibles aux primo-accédants de 25 à 35 ans qui désespèrent parfois de devenir propriétaire. C’est enfin une vision environnementale et patrimoniale de la ville. Construire sur les toits évite la destruction d’espaces verts et permet de sauvegarder et réhabiliter des zones parfois tombées en désuétude.

Vos maisons démocratiques vont donc voir le jour...

Deux projets sont en cours de chantier et livrés en Avril et Novembre de cette année. Suite à de fortes demandes, j’ai ouvert un Bureau des Surélévations à Paris, nous avons en ce moment une dizaine d’études en cours à Paris. Les logements sont construits en ateliers, dans des délais extrêmement courts, en kit. Labellisées Haute Qualité Environnementales (HQE) et certifiées Bâtiment Basse Consommation (BBC), ils sont fabriqués avec des matériaux 100 % naturels et recyclables. Plus qu’une marque commerciale, la construction avec l'équipe Les Toits du Monde ces « Maisons Démocratiques » est un engagement moral et urbain vis-à-vis de la ville et de ses habitants.

Pensez-vous que les logements en kit, les structures préfabriqués aient un bel avenir?

Oui, même si contrairement à une idée reçue leur construction reste assez complexe. Elle réclame de la maîtrise. Une fois celle-ci acquise, les solutions sont infinies pour réaliser des choses très différentes de l’existant, sur-mesure. Intégrer des jardins ou des lieux de rencontre sur les toits est tout à fait envisageable avec le modulaire. Des équipements, des activités qui enrichissent la vie dans la cité.

Peuvent-elles aider à redonner à l'architecture un rôle central dans la construction et la rénovation urbaine?

Oui, car l’on risque dans le cas contraire une trop grande standardisation des réalisations qui se répéteraient à l’infini. Encadrées par les architectes, la préfabrication et la surélévation constituent un geste architectural fin, contemporain. Elles peuvent affirmer la stratification de la ville. OXyGen, projet d’aménagement du parvis de La Défense côté Pont de Neuilly, remporté par notre agence, inclut des restaurants, des salles de séminaires et un espace de « coworking » sur 2 000 m2. Le tout est en cours de réalisation, à partir de structures modulaires et préfabriquées. Il devrait voir le jour au printemps 2018.

Construire sur les toits est un retour à une tradition architecturale et une réponse à la crise du logement

Stéphane Malka
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