Vers un urbanisme post-Covid ?

Catastrophe sanitaire, la pandémie de Covid-19 peut-elle être aussi une opportunité unique de repenser et redessiner nos villes ?

Un urbanisme tactique en réponse à l’épidémie

Selon David Rojas, spécialiste de santé publique à Barcelone, un « urbanisme tactique » s’est mis en place en réponse immédiate à l’épidémie : aménagement à grande échelle de nouvelles pistes cyclables, élargissement des trottoirs pour permettre la distanciation physique, agrandissement des terrasses de restaurant, etc. Il prévoit la création d’installations logistiques de proximité pour accompagner l’essor de l’e-commerce ou le développement d’infrastructures de stationnement et de partage de deux-roues pour favoriser l’intermodalité.

Dans une réflexion prospective sur l’après-Covid, le groupe immobilier CBRE estime de son côté que « les réflexions qui se développaient pour repenser la ville du quart d’heure, de l’hyperproximité, des services mais aussi de la nature, vont s’accélérer. Une ville animée et généreuse de ses espaces publics, redimensionnés pour accueillir les piétons, la végétation, les jeux des enfants et les terrasses aux beaux jours, tout en préservant les impératifs de l’activité économique ».

La crise a également mis en lumière la nécessité de multiplier les sites de tests accessibles à l’ensemble de la population. À Toronto, au Canada, des capsules de dépistage en conception modulaire permettent de réaliser des tests mobiles dans les entreprises, les installations sportives, les lieux de divertissements, etc. Elles pourront servir également à la vaccination. Pour le bureau aussi, tout a changé. Selon une étude BNP Paribas Real Estate, huit Français sur dix sont séduits par le télétravail. Va-t-on assister pour autant à la fin des immeubles de bureaux ?

Selon une étude BNP Paribas Real Estate, huit Français sur dix sont séduits par le télétravail.

« Être encore plus attentifs à la connectivité et à la modularité »

Pour Éric Cosserat, PDG du groupe immobilier Perial, il s’agira surtout « d’être encore plus attentifs à la connectivité et à la modularité ». Car les bureaux seront en concurrence avec le confort et l’attractivité du domicile ou des tiers-lieux, sous toutes leurs formes.

L’heure est à la mixité et à la réversibilité des usages, mais aussi aux possibilités de compartimentage des espaces, pour davantage de résilience. Ces évolutions seront-elles pérennisées pour aller vers le modèle de « villes-santé » promu par l’OMS ? Pour Michele Acuto, professeur d’urbanisme à Melbourne, la crise du Covid-19 doit marquer « un tournant dans le développement urbain car l’alternative, ce sont des rues vides, des citadins en quarantaine, des villes verrouillées, une économie au point mort et la perte de vies humaines ». Message reçu à Paris, si l’on en croit l’annonce récente de la pérennisation des 50 kilomètres de « coronapistes », à Milan (1), qui a réaffecté 35 kilomètres de rues au vélo et à la marche, mais aussi à Séoul (2), qui va mettre en place des véhicules sans chauffeur, la livraison de produits par des robots et des aires de stationnement intelligentes.

 

(1)https://www.theguardian.com/world/2020/apr/21/milan-seeks-to-prevent-pos....

(2)http://www.oecd.org/coronavirus/policy-responsesles-mesures-adoptees-par....

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