Nouveaux usages, nouveaux espaces

Mobilité durable, habitat partagé, redéfinition des espaces de travail, usage temporaire de l’espace public… Autant de tendances qui sont en train de transformer le visage et l’esprit de villes de plus en plus peuplées, autour de notions comme le partage, la mise en réseau, l’éphémère et la réversibilité. Algeco Le Mag a choisi de porter son attention sur ces usages émergents qui façonnent une ville plus agile et plus résiliente.

Sous l’effet conjugué de la précarisation économique, du manque d’espace en ville et de la volonté de mieux consommer, le rapport aux objets et aux espaces a évolué. Désormais, ce qui prime, c’est l’usage que l’on a des choses plutôt que leur possession, y compris si cela signifie devoir les partager. 77 % des Français le revendiquent (1), et les entreprises s’adaptent. Même le prêt-à-porter est concerné, en témoigne l’arrivée d’offres de location de vêtements telles que Le Closet ou de celle proposée par la marque de chaussures Bocage. Les biens et les services connaissent ainsi plusieurs vies, au gré des besoins et des envies. Le bâtiment n’échappe pas à ce phénomène, que ce soit pour y travailler ou pour y vivre.

 

La fin des frontières pro-perso ?

Le lieu de travail évolue avec l’arrivée des nouvelles façons de travailler – les fameux NWoW (New Ways of Working) – qui visent à faire du bureau un creuset, un lieu de rencontres et d’échanges, favorisant les liens sociaux, créant des connexions et des associations d’idées. De nouveaux environnements de travail sont déployés, du Flex Office 2.0 (espaces collaboratifs en plus grand nombre et de types plus variés, et partage des positions de travail) au Slow Workplace (zénitude et intimité sonore des espaces de travail), en passant par l’Office Sweet Office (les ambiances, la décoration, les matériaux, les végétaux, voire les animaux, envahissent les bureaux d’entreprise pour recréer une atmosphère plus humaine, plus intuitive, plus « impliquante »). Numérique oblige, le travail devient toujours plus mobile, s’incarnant dans de nouveaux espaces hybrides, les « tiers lieux ». Ces espaces de coworking permettent aux free-lances, aux entrepreneurs comme aux salariés en mobilité, de travailler ensemble, dans un cadre agréable et stimulant. Pensés pour favoriser l’échange de compétences et booster la créativité, ils ouvrent un peu partout dans les villes.

Plus encore, les activités professionnelles et personnelles s’entremêlent et rendent la notion de temps de travail plus floue : c’est le phénomène du « blurring », c’est-à-dire l’effacement de la frontière entre travail et vie privée. Ainsi, 62 % des salariés français traitent leurs appels et e-mails professionnels pendant leurs vacances (2).À mi-chemin entre la colocation et le coworking, le coliving a été initié par et pour les free-lances. Il consiste à vivre à plusieurs dans le même logement, avec des services mutualisés (linge, repas, etc.) et un mix d’espaces communs et privés pour que chacun puisse se concentrer au maximum sur son activité professionnelle et sa vie sociale. On ne se contente pas de travailler différemment, on vit différemment !

Showroom d’HauCon Finland Oy, entreprise finlandaise.

 

Tout partatger, de l'habitat à la mobilité

Dans l’habitat, on assiste au retour des pièces partagées, notamment les espaces techniques ou de loisirs : cuisines, buanderies, salles des fêtes, ateliers de réparation de vélos, etc. Bouygues Immobilier a, par exemple, mis en place des chambres d’hôtes dans le cadre de Follement Gerland, un ensemble résidentiel dédié au bien-vivre ensemble. Faisant office de chambres d’amis supplémentaires, elles peuvent être louées par les copropriétaires afin d’héberger leurs proches pour une ou plusieurs nuits. D’autres, comme le groupe Icade, expérimentent dans leurs logements des parois amovibles qui permettent de transformer les espaces de vie selon les besoins. Cette évolutivité, la construction modulaire la propose depuis toujours. Avec elle, tout est possible, et surtout, rien n’est figé. On peut ainsi faire évoluer son bâtiment dans le temps en ajoutant ou retirant des modules en fonction de l’espace disponible, et ce, presque à l’infini.

Mais ces notions de partage et d’évolutivité des espaces ne concernent pas que l’habitat : c’est toute la vie quotidienne qui est impactée par ces nouvelles tendances, du transport aux espaces publics. Pour lutter contre la pollution atmosphérique et favoriser le mieux-vivre en ville, les mobilités douces et/ou en partage sont en effet encouragées : covoiturage, autopartage, vélos en libreservice, etc. Des plateformes en ligne assurent la mise en relation en temps réel de l’offre et de la demande, de BlaBlaCar à Drivy, en passant par Ubeeqo ou OuiCar. Mais pour vraiment fluidifier les déplacements, encore faut-il travailler le premier et le dernier kilomètre. Cela suppose la mise en place d’une véritable multimodalité qui favorise le passage d’un mode de transport à un autre à travers des hubs physiques et digitaux. Les stations Vélib’ à la sortie du métro parisien et leur pendant digital (l’application pour smartphone) en sont un exemple. Mais le modulaire peut aussi contribuer à l’émergence de services dédiés à ces nouvelles formes de mobilité. Avec, par exemple, "Pick & Go: Keep the city Moving", une véritable « station-service » où l’on trouve du matériel d’entretien et de réparation pour le vélo, la trottinette, le roller ou le skateboard, mais également des plats équilibrés et sains adaptés à chaque pratique sportive. Imaginée par Charles Saade, cette idée a gagné le premier prix de la sixième édition du concours Algeco Architecture(s) Élémentaire(s) 2018, et un prototype est même en cours de fabrication ! (3)

Pick & Go, le projet lauréat qui a remporté le premier prix de la sixième édition du concours Architecture(s) Élémentaire(s).

 

La ville en perpétuelle mutation

En 2050, 2,5 milliards de personnes supplémentaires vivront en ville(4). Pour faire face aux afflux démographiques, les villes et les zones périurbaines doivent mieux rentabiliser chaque mètre carré à leur disposition.

Les espaces publics deviennent hybrides, dans l’espace et dans le temps. Un même endroit peut ainsi accueillir plusieurs activités, de façon synchrone ou les unes après les autres : kiosques de services, potagers et fermes urbaines, cabanons de compostage, lieux d’exposition, pop-up stores, etc. Ces lieux, complètement réversibles (ils ne laissent aucune trace derrière eux), permettent de proposer aux utilisateurs des services ponctuels ou saisonniers et/ou de tester le potentiel commercial d’un concept ou d’un emplacement. En témoigne l’explosion des pop-up stores (boutiques éphémères) et des produits et services proposés via des camions itinérants (trucks). Ainsi, en 2011, la France ne comptait qu’une cinquantaine de camions-restaurants (food trucks). Six ans plus tard, ils étaient près de 650 (5) !

Kiosque modulaire éphémère pour le Festival Chorus.

 

Un succès qui s’explique notamment par la recherche de plus en plus forte d’expériences de la part des populations. Le bâtiment modulaire n’est pas étranger à ce mouvement car il est parfaitement adapté à un usage éphémère. À la Défense, le kiosque éphémère du festival Chorus était modulaire !

Ces lieux éphémères sont aussi le moyen d’occuper des espaces en friche ou en devenir. L’ancien hôpital Saint- Vincent-de Paul (Paris 14e) est devenu un lieu de mixité urbaine en plein Paris : Les Grands Voisins, où se côtoient start-up, boutiques, bars, recyclerie et centres d’hébergement d’urgence. Les occupants de ce projet d’urbanisme et d’animation éphémère cohabitent avec le chantier du futur quartier qui verra le jour en 2023. Ces changements touchent également l’école, qui doit pouvoir accueillir les afflux d’élèves alors même que le gouvernement français limite le nombre d’enfants par classe. Beaucoup d’établissements scolaires optent donc pour le bâtiment modulaire, non seulement pour sa rapidité d’installation mais aussi pour son haut niveau de confort et de sécurité qui en fait le cadre idéal pour l’apprentissage. Si le bâtiment modulaire est évolutif par essence, la ville l’est aussi devenue. Ses bâtiments changent de plus en plus vite, au gré des activités qui apparaissent puis disparaissent.

Parfois, néanmoins, l’éphémère peut durer ! Qu’il s’agisse de constructions modulaires ou de pop-up stores, ces laboratoires de la ville permettent de répondre aux nouvelles façons de travailler, de vivre ou d’apprendre. Et si les expériences sont concluantes, il arrive que l’on décide de les pérenniser !

 

(1) Quatrième observatoire des concommations émergentes (2018).

(2) Enquête Qapa, juillet 2018.

(3) Rendez-vous sur le site www.algeco.fr/mag pour en savoir plus.

(4) ONU.

(5)https://www.businesscoot.com/fr/page/le-marche-des-food-trucks.

 

Photo en couverture : « Alge-co », le projet qui a remporté le deuxième prix de la 5e édition du concours Architecture(s) Élémentaire(s).

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