Les citoyens dessinent la ville !

Les citadins ont des idées pour construire l’avenir de leur cité et le font savoir ! De plus en plus, ils s’immiscent dans les politiques publiques de la ville, que ce soit pour critiquer certains arbitrages, soumettre leurs propositions et même financer certains projets. Une nouvelle donne qui change leurs relations avec les élus et services de la ville, ces derniers les associant désormais, de façon graduée aux décisions qui dessineront l’avenir de leur ville.

Tout à la fois contribuables, usagers et citoyens, les citoyens souhaitent avoir plus d’emprise sur les décisions locales les concernant. En plus de réagir contre des projets via des pétitions, ils souhaitent désormais être associés aux arbitrages budgétaires portant sur les infrastructures et bâtiments réhabilités ou construits autour de chez eux. La révolution digitale leur donne un coup de pouce !

 

Le crowdsourcing citoyen pour transformer la ville

Le numérique facilite la participation citoyenne via les outils de crowdsourcing1 et les expérimentations se multiplient à travers le monde, avec différents niveaux de contribution, de la simple remontée d’informations jusqu’à la proposition d’idées et projets en passant par l’expression de préférences et d’attentes. À Sao Paulo par exemple, le site collaboratif Myfuncity permet aux habitants de répondre notamment à des enquêtes de satisfaction relatives à leur cité :  qualité des transports en commun, des services administratifs, des infrastructures sportives, etc. La ville peut immédiatement identifier les facteurs d'insatisfaction pour ensuite y apporter une amélioration.

De même à San Francisco, le projet Subway Vision a organisé avec ses habitants l’extension du réseau souterrain. Plus de 2 500 suggestions concernant le tracé des futures lignes ont été utilisées par les autorités locales dans leur choix final pour coller au mieux aux attentes des utilisateurs. En France, après l’incendie qui a détruit la flèche de Notre-Dame, le gouvernement a lancé un appel à projets auprès d’architectes et de designers. Bruno Retailleau, sénateur de Vendée, a même proposé que le futur projet soit soumis à une vaste consultation en ligne pour choisir le meilleur projet.

De même à San Francisco, le projet Subway Vision a organisé avec ses habitants l’extension du réseau souterrain. Plus de 2 500 suggestions concernant le tracé des futures lignes ont été utilisées par les autorités locales dans leur choix final pour coller au mieux aux attentes des utilisateurs. En France, après l’incendie qui a détruit la flèche de Notre-Dame, le gouvernement a lancé un appel à projets auprès d’architectes et de designers. Bruno Retailleau, sénateur de Vendée, a même proposé que le futur projet soit soumis à une vaste consultation en ligne pour choisir le meilleur projet.

 

De l'évaluation des politiques locales à la proposition d'idées

Autre modalité de consultation des citoyens : les budgets participatifs. Une part du budget de la collectivité est mise à disposition exclusive des citoyens, qui ont le pouvoir de proposer, voter et donc décider de projets pour leur ville. En France, depuis les dernières élections municipales, ils connaissent un essor certain : de 6 collectivités, en 2014, ils sont au nombre de 120 en 20192. À Paris, le budget participatif permet depuis 2014 de décider de l'utilisation de 5% du budget d'investissement de la ville. Les Parisiens déposent leurs idées sur le site dédié puis les services municipaux vérifient que ces projets répondent aux critères d’intérêt général ou d’investissement de la ville. De ce travail émergent les projets soumis au vote. Les projets ayant obtenu le plus de voix sont déployés (1 509 réalisations depuis 20143), à l’instar de la rénovation du gymnase Rosa Parks, l’ouverture de ressourceries dans les quartiers et même une application mobile dédiée au partage d’objets.

 

Vers un crowdfunding populaire et citoyen ?

Alors que l’Etat impose des contraintes budgétaires aux communes4, les plateformes web de « financement par la foule » (crowdfunding) permettent aux citoyens d’initier ou de participer à des projets qui n’auraient probablement jamais pu voir le jour autrement. Rodrigo Nino, à la tête de l’entreprise Prodigy Network, a eu l’idée de faire appel aux habitants de Bogota pour financer la construction d’un gratte-ciel dans la ville. Fort de son succès en Colombie, il a réitéré l’opération à New York mobilisant les investisseurs-citoyens autour d’un projet d’hôtel, également utilisé comme espace de co-working par les jeunes entrepreneurs de la ville.

À Paris, la Librairie des Orgues a réussi à collecter près de 10 000 euros de dons sur le site Bulb in Town, qui propose aux citadins de financer les commerces et les associations installées dans leur quartier en échange de bons plans exclusifs. Cette somme permettra de financer les travaux d’extension de la librairie, dans laquelle sera créé un espace salon pour les lecteurs souhaitant siroter un verre.

D’autres plateformes Web facilitent la participation citoyenne. Sur les sites Collecticity ou Tudigo, des communes et des collectifs de citoyens collectent actuellement des fonds pour rénover leur église, créer un skatepark, poser des panneaux photovoltaïques sur leur école, etc.

 

Concilier pouvoir citoyen et expertise de la ville

L’émergence de cette prise de pouvoir citoyenne pose de nombreuses questions. Comment conjuguer au mieux les contraintes du Plan Local d’Urbanisme et les aspirations des citoyens ? Quelle place laisser aux pouvoirs publics et aux experts dans l’aménagement du cadre de vie ? Comment trancher lorsqu’un vote citoyen contredit une décision publique ?  Il va falloir inventer de nouveaux cadres pour accompagner ce mouvement tout en pensant intérêt public, durabilité et long terme.

 

Le bâtiment modulaire, le lieu où il fait bon vivre, apprendre et travailler

Les constructions modulaires ont un rôle à jouer dans ce nouvel équilibre car elles permettent aux collectivités d’investir dans des bâtiments confortables, économes et connectés qui peuvent évoluer en fonction des besoins des utilisateurs et de la démographie. D’ailleurs, parmi les projets à l’étude dans le budget participatif de la ville de Paris, on trouve ainsi la création d'un ludothèque au stade Max Rousié, sous la forme d’un bâtiment modulaire, tandis qu’à Laon, le projet d'une Maison de l'aide du conseil et de l’échange vise à accueillir une quarantaine de personnes dans une construction modulaire. Des initiatives d’autant plus marquantes qu’elles viennent de la société civile elle-même ! Une association -l’association CQFD- est derrière le projet de « bibliothèque à jeux ». Et dans l’Aisne, c’est une citoyenne qui a proposé de faire d’un grand bâtiment modulaire  « un lieu de vie, d'échange et de joie entre les générations ». Au programme : aide à devoirs pour les plus jeunes, livres en libre accès, goûters et autres réceptions… La construction modulaire serait-elle en passe de devenir le lieu de vie, d’apprentissage et de travail plébiscité par tous ? En tout cas, quand on voit le succès d’Algeco à Argelès-sur-Mer (bâtiments événementiels Les enfants de la Mer), à Ercuis (école primaire) et Paris (bureaux Axa), on en a l’impression !

 

1  Le crowdsourcing est un principe basé sur la collaboration d’internautes qui partagent informations et idées

2  Source : http://lesbudgetsparticipatifs.fr/

3  Source : https://budgetparticipatif.paris.fr/bp/

4  En dix ans la principale dotation de l’Etat pour les collectivités territoriales – la Dotation Globale de Fonctionnement (DGF) – a presque chuté de moitié. De fait, elle passe de 40 milliards d’euros en 2008 à 26,9 milliards en 2018 avec Emmanuel Macron.

 

 

 

 

Partager cet article :
Articles liés