Retour vers le futur

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Clément CIVIDINO est aujourd’hui l’un des meilleurs spécialistes français du design et l’architecture du XXe siècle. À la fois galeriste, antiquaire, chercheur, défricheur et designer, il accumule depuis une douzaine d’années les réalisations de prestigieux artistes tels que Georges Candilis, Jean Paul Barray, les Simonnet… Mais Clément CIVIDINO est également amateur de modules, notamment les gammes « vintage » de modules Algeco.

Il nous fait ici parcourir dans sa galerie de 800 m2 à Perpignan, l’exposition « More than design ». À l’honneur notamment, des modules des gammes 2000 et 2002 d’Algeco, la célébrissime bulle d’Algeco customisée à l’occasion comme un « module venue d’ailleurs », sur le thème de la conquête spatiale.

Retour sur une visite passionnante et une journée mêlant art, histoire et technicité…

 

Comment procédez-vous pour vous constituer vos collections ?

 

Clément CIVIDINO : Je fais confiance à mon instinct ! Au fil du temps et de nombreuses recherches, j’ai réuni des objets très variés. Pour cette exposition par exemple, vous pouvez découvrir une voiture amphibie, des morceaux de piscine tournesol, une cabine téléphonique de l’ex-RDA… Je guette tout ce qui pourrait m’intéresser ici et là, au fil des brocantes notamment, mais aussi à travers mon « réseau d’informateurs ». Ensuite, j’élabore des projets structurés et originaux en imaginant une scénographie de pièces et œuvres en résonance avec les espaces que nous occupons. Je suis guidé par la quête de l’objet rare ou populaire à travers les époques.

 

D’où vous vient cet intérêt pour les modules Algeco ?

 

Clément CIVIDINO : Je me suis intéressé dès mes débuts de collectionneur à l’univers du modulaire en général et aux modèles Algeco en particulier. Tout a commencé lors de mes recherches et études sur les « micro-architectures » plastiques du XXe siècle. J’ai véritablement « flashé » sur la capacité d’innovation d’Algeco et le côté précurseur des réalisations. Je parle ici du côté esthétique, mais aussi des matières employées pour constituer les modules.

 

 

Mon intérêt pour ces modules repose sur la mise en lumière d’un patrimoine à la fois culturel et industriel. Le look futuriste de la « bulle » Algeco m’a fasciné. J’ai toujours été intéressé par l’influence de la conquête spatiale dans les divers processus de création, notamment dans la construction. Il existe même un nom pour ce mouvement architectural : le « space age ». Je ne sais pas si les concepteurs des modules Algeco s’en sont inspirés, mais j’ai ma petite idée sur la question…

Ils ont été très peu en France à utiliser le plastique pour les constructions : Ozermann, Colleut, Jean-Benjamin Manneval, les Tétredon, les hexacubes… et Algeco. Sur les collections 2000 et 2002 d’Algeco, nous sommes sur un objet très décoratif, très ingénieux. La gamme 2002 est même une vraie prouesse : tout était fini à la main ! C’est véritablement de l’Histoire patrimoniale dont il s’agit : souvenons-nous que dans les Trente glorieuses, la construction modulaire a accompagné la reconstruction du pays.

 

Que faites-vous des modules que vous récupérez ?

 

 

Clément CIVIDINO : En tant que collectionneur de mobilier plastique à la base, je porte naturellement un intérêt particulier à ce type de réalisations, mais aussi à leur customisation. Les séries « vintage » d’Algeco ont ma préférence. Je les déniche au hasard, certaines personnes me contactent en me disant « Tiens Clément, j’ai ça dans mon jardin, ça pourrait t’intéresser… ». Il arrive un moment où des ovnis apparaissent : au fond d’une grange, d’un hangar… J’ai même ressorti un module des champs !

 

 

J’imagine ensuite, en fonction de l’objet, ce que je peux en faire, comment je peux le transformer. En théorie, on peut tout réaliser avec ces modules : tiny house, habitats secondaires, espace dédié dans un jardin, chambre ou même cuisine d’été. L’idée part aussi d’une association de l’art et de la mobilité : on prend sa maison et on part où l’on veut. Cette idée me plaît !

Concrètement, avec ma collaboratrice Marie DAGNICOURT, nous les aménageons sur mesure et nous les vendons en tant que pièce habitable, faisant partie intégrante d’une maison ou d’un appartement. Ce n’est pas aussi facile de « mettre au propre » ces perles du modulaire. Nous sommes notamment souvent confrontés à des problèmes de baies vitrées d’époque. Celles que l’on retrouve sont généralement cassées. Nous faisons ce que nous pouvons pour redonner du lustre à ces modules. Un exemplaire très spectaculaire sur lequel nous travaillons sera bientôt mis aux enchères, mais ça, c’est secret !

 

 

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