Couleurs et urbanisme : peindre la vi(ll)e

Nous sommes faits pour voir le monde en couleurs. L’œil humain est capable de reconnaître plus d’un million d’entre elles1. Et ces couleurs, omniprésentes, ont une telle importance qu’elles se sont fondues dans notre langage et nos paysages.

Les couleurs apparaissent dans nos expressions imagées (être un cordon bleu, avoir la main verte, voir la vie en rose…), illustrent le spectre des émotions (une colère noire, une peur bleue…), permettent de tout classer, depuis les équipes sportives (les Bleus, les All Blacks…) jusqu’aux révolutions (orange en Ukraine, safran au Myanmar…). Certaines villes trouvent également leur place sur les nuanciers : Toulouse la Ville rose, Jodhpur la bleue, Alger la blanche… Ce sont en général les matériaux de construction locaux – aisément accessibles et peu chers – qui ont donné à la ville sa teinte caractéristique : la brique pour Toulouse et l’ardoise des toits angevins. Parfois, c’est le revêtement des murs de façade qui est le support de la couleur, telle la chaux blanche d’Alger ou celle, bleuie, de Jodhpur. Quant au célèbre quartier portuaire de La Boca, à Buenos Aires, il tient ses façades bariolées au souci d’économie de ses habitants, qui utilisaient les restes de peinture de leur bateau pour repeindre leur habitation ! Mais si ce patchwork de couleurs fonctionne à La Boca, c’est parce qu’il est concentré sur une zone délimitée. Trop de couleurs différentes – tout comme une trop grande diversité architecturelle – nuit à l’unité de la ville ou du quartier.

1https://www.bbc.com/future/article/20150727-what-are-the-limits-of-human...

 

Buenos Aires, Argentine Crédit : Barbara Zandoval

Buenos Aires, Argentine
Crédit : Barbara Zandoval

 

Toulouse, France - Crédit : Dat Vo

Toulouse, France
Crédit : Dat Vo

 

Jodhpur, Inde - Crédit : Fred Nassar

Jodhpur, Inde
Crédit : Fred Nassar

 

Du bon usage de la couleur

Aujourd’hui, les designers et architectes tendent à travailler des matériaux et une palette de couleurs qui leur permettent de singulariser leurs constructions sans détonner dans le paysage urbain. Le défi est grand : il faut parvenir à se différencier tout en s’inscrivant finement dans le tissu de la ville et du quartier. Si la cohérence des couleurs et des architectures est importante, l’uniformité n’est pas souhaitable. Il faut dire que l’utilisation raisonnée et harmonieuse de la couleur peut dynamiser les espaces urbains, ajouter de la vie, rendre les villes plus agréables. Les villes ne sont pas condamnées à être monochromes, drapées de gris ou de sépia. Seront-elles bientôt toutes hautes en couleur ?

 

 

Crédit photo header : Gayatri Malhotra

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